
Essai de Liesl Gambold
Essai de Liesl Gambold
Je suis ravie d'avoir l'occasion de dire quelques mots sur ma vision de la CASCA dans notre bulletin Culture. Je pense qu’aujourd'hui plus que jamais, il est essentiel de se serrer les coudes pour soutenir l'anthropologie au Canada. En deçà du 45e parallèle, les universitaires sont attaqués et les départements d'anthropologie, parce qu'ils défendent la justice sociale, la compassion critique, la compréhension mutuelle et la liberté académique, sont dans la ligne de mire. Lorsque l'occasion s'est présentée de devenir présidente de la CASCA, j'ai été à la fois honorée et enthousiaste. Pour être honnête, en tant qu'immigrante des États-Unis, alors que je fréquentais la CASCA pendant mes premières années à l'université Dalhousie il y a plus de 20 ans, j'étais particulièrement attirée par les réunions de l'Association américaine d’anthropologie, car elles me permettaient de retrouver mes amis de premier cycle et de troisième cycle, ainsi que mes professeurs et mentors. Mais au fil des ans, à mesure que je m'installais au Canada, que j'y élevais mes enfants, que j’y supervisais des étudiants de premier cycle et de deuxième cycle et que j'adoptais rapidement la culture et les valeurs canadiennes, je me suis fait davantage d'amis dans les départements à travers le pays et j'ai appris à mieux connaître l'anthropologie canadienne. Au cours des 12 derniers mois, après les élections américaines, les Canadiens ont embrassé et célébré leur identité canadienne comme je ne les avais jamais vu le faire au cours de mes 23 dernières années ici. Je me suis jointe à eux, fière d'être Canadienne et enthousiaste à l'idée de ce que l'anthropologie pouvait continuer d'offrir à nos étudiants et à la culture canadienne en général.
Comme je l'ai déclaré dans ma brève allocution lors de la réunion annuelle de la CASCA à Montréal l’année dernière, je me sens aujourd'hui inspirée par l'anthropologie canadienne. À l'hiver 2025, j'ai enseigné le cours « Histoire de la théorie anthropologique », au cours duquel nous avons visionné une vidéo de notre chère ancienne présidente, Monica Heller, présentant le discours de la présidente de l'AAA de 2013, Leith Mullings. Dans son introduction, Monica nous a rappelé que notre voix est plus forte lorsque nous parlons d'une seule voix. Cela ne signifie pas que nous sommes nécessairement tous d'accord, mais que nous reconnaissons notre engagement commun, envers l'anthropologie et les uns envers les autres, avant tout. Dans la vidéo, Leith poursuit en expliquant pourquoi l'anthropologie est importante. Elle y examine les enjeux importants que notre discipline soulève en lien avec le contexte du racisme aux États-Unis. Aujourd'hui, peu de choses ont changé lorsque l'on pense à la violence liée au genre et aux autres formes de préjugés que subissent quotidiennement les personnes racisées. Au cours du semestre dernier, j'ai pris conscience que la théorie et la méthodologie anthropologiques sont plus importantes que jamais pour apporter des solutions nuancées aux problèmes mondiaux par le biais de l'éducation, de la sensibilisation et de la défense des droits. Et cela passe par nos voix, nos langues, nos sous-disciplines, nos groupes d'intérêt.
La compréhension est l'une des caractéristiques les plus importantes de l'anthropologie. Rien de ce qui nous surprend ou nous contrarie dans notre contexte actuel n'est naturel. Je trouve donc réconfortant que notre discipline nous permette d'examiner à la fois l'explicite et l'implicite, ainsi que leurs confluences, ce qui pourrait nous aider à donner un sens à cette période culturelle déroutante. Nos salles de classe nous permettent d'écouter la voix de nos étudiants et de les aider à comprendre que leurs expériences, comme celles de tout être humain, ont de l'importance. Dans un discours que j'ai prononcé à Dalhousie en juin 2025 et dans une communication que j’ai présentée cet hiver au Vietnam, j'affirme que l'anthropologie est la discipline qui nous rappelle le mieux que nos expériences humaines sont précieuses. L'intelligence artificielle n'aura jamais l'expérience humaine et toute la beauté complexe de nos vies. La curiosité et l'émerveillement qui nous animent, en tant qu'anthropologues, soulignent l'essence même de l'importance des études de premier cycle. Nous devons rappeler à nos étudiants, et à nous-mêmes, la force et la responsabilité de cette discipline en périodes de bouleversements. L'anthropologie nous aide à reconnaître la société civile non pas comme une association politique, mais comme une éthique de l'humanité qui empêche les citoyens de se nuire les uns aux autres et les incite à se rééduquer.
À la CASCA, j'ai également raconté une anecdote sur les observations de mon fils concernant l'importance de l'anthropologie. Après avoir obtenu mon doctorat, j'ai été chercheure invitée à l'Institut Max Planck d'anthropologie sociale en Allemagne, puis je suis retournée à mon terrain dans les campagnes russes pour six semaines de recherche. Comme mon fils n'avait que 10 mois lorsque je suis partie en Russie pour mes recherches de doctorat, et qu'il avait alors presque 6 ans, c'était vraiment la première fois qu'il pouvait me voir « sur le terrain ». Après avoir passé la majeure partie d'une journée chaude et humide avec moi, nous nous sommes assis sur le perron de la maison de mon amie Lida pour manger des pommes après l'avoir interviewée. Finlay s'est soudainement tourné vers moi et m'a dit : « Maintenant, je sais ce que tu fais ? » Surprise et curieuse, je lui ai demandé : « Qu'est-ce que c'est ? » Il m'a répondu : « Tu te promènes et tu parles aux gens. Eh bien, tu rends visite aux gens. C'est sympa. » Il avait vu que je passais du temps avec les gens, que je leur demandais comment ils allaient, que je passais plus de temps avec eux qu'il ne l'aurait souhaité, à plus forte raison parce qu’un cornet de crème glacée l’attendait à la fin de la journée. Mais, comme l'avait fait mon fils cette journée-là, je pense qu'il est utile de réfléchir à notre intention, en tant qu'anthropologues, de renforcer nos voix et de les utiliser pour nous soutenir mutuellement et soutenir ceux qui pourraient bénéficier de nos efforts collectifs. Je pose donc la question suivante : qui d’autre que nos étudiants pourraient tirer davantage profit de nos efforts?
Dans la conférence que j’ai donnée au Vietnam, j’affirmais que nos étudiants seront en mesure de démontrer que leur formation en anthropologie les a préparés à mettre à profit leurs expériences pour enrichir leurs objectifs professionnels futurs. J'ai récemment envoyé un courriel aux directeurs et directrices des départements d'anthropologie à travers le Canada pour leur demander de me mettre en contact avec leurs associations étudiantes, s'ils en ont. Je suis impatiente de mieux comprendre les associations étudiantes à travers le pays pour voir comment nous pourrions leur apporter notre soutien. Une partie de ma vision consiste à créer un meilleur réseau d'associations étudiantes, car je pense que le moment n'a jamais été aussi propice pour impliquer, soutenir et promouvoir nos étudiants. Le marché de l'emploi au Canada est actuellement peu reluisant ; nous devons donc aider nos étudiants et étudiantes à reconnaître et à exprimer la valeur qu'ils ont acquise grâce à leur formation en anthropologie. L'empathie et la compréhension critiques, ainsi que le fait de continuer à aller à la rencontre des gens, pourraient faire toute la différence. Je tiens à vous remercier tous et toutes pour le travail que vous accomplissez auprès de nos étudiants alors que votre charge de travail augmente et que vos possibilités d'avancement sont assujetties à des attentes irréalistes. À mon avis, la CASCA est en mesure de se renforcer et d'offrir davantage de soutien à ses membres. J'espère y contribuer tout en sollicitant votre appui à mesure que nous avançons. Merci beaucoup!

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