
The Camerounian Multiculturalism : a Duplicate of the Canadian Experience
The Camerounian Multiculturalism : a Duplicate of the Canadian Experience
Paul Menang Menang, étudiant au doctorat, Département d’Histoire, Université de Douala au Cameroun
INTRODUCTION
Le Cameroun est un État pluriethnique où sa population est issue des quatre aires culturelles qui composent le pays, en plus d’une importante population étrangère. Malgré le fait que sa société soit bilingue au regard de son passé colonial, il avait fallu attendre plus d’un demi-siècle après l’indépendance pour voir les pouvoirs publics mettre en vitrine son aspect cosmopolite, à travers la promotion du multiculturalisme. Ceci avait été rendu possible par un décret du président de la République Paul Biya, datant du 23 janvier 2017, entérinant la création de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme (CNPBM). Placée sous l’autorité du chef de l’État, cette Commission s’était vu confier pour mission d’œuvrer à la promotion du multiculturalisme au Cameroun, dans l’optique de maintenir la paix, de consolider l’unité nationale du pays et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre-ensemble de ses populations.
En tant qu’entité plurielle, l’affirmation de son identité culturelle nationale passait nécessairement par l’implémentation d’une politique en charge de la vulgarisation de ses cultures. De plus, à la différence du Canada qui compte à ce jour plus d’un demi-siècle de pratique du multiculturalisme avec d’importants textes législatifs et programmes gouvernementaux sur la question, le Cameroun quant à lui n’avait jusqu’à cette date aucune expérience dans le domaine. Pour contourner ce manquement, l’État du Cameroun s’était justement appuyé sur l’expérience canadienne dans le domaine pour une meilleure pratique au sein du territoire. À ce propos, les membres de cette Commission avaient effectué plusieurs missions de travail et de consultation au Canada. En contexte de crise socio-politique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui secoue le pays depuis 2016, il était question pour le Cameroun de se servir du vécu et de l’expertise canadienne en matière de pratique multiculturaliste et du mode de résolution des conflits linguistiques et identitaires entre les différentes communautés nationales et linguistiques. Ces différentes consultations tous azimuts et missions des membres de la CNPBM au Canada, avaient pour objectif de sortir de l’impasse politique et intellectuelle du multiculturalisme, et de définir son contenu et les moyens de sa réalisation à la fois au niveau des institutions publiques et dans la globalité de la société.
Au terme des missions effectuées au Canada, les membres de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme avaient mis sur pied un commissariat tiré de l’expérience et de l’appui des autorités canadiennes. Ce dernier permettait de recevoir des plaintes des citoyens, de mener des enquêtes et formuler des recommandations aux institutions publiques. Elle avait d’ailleurs mis à la disposition du public une ligne téléphonique gratuite, appelée « numéro vert », qui allait permettre aux citoyennes et citoyens de dénoncer des cas de discrimination fondée sur la culture, la langue ou la religion dont ils pouvaient être victimes ou témoins sur l’étendue du territoire national. Ces premières recommandations qui avaient été suivies d’effets, conduisirent tout comme au Canada à la création d’une loi sur les langues officielles, la toute première après plus d’une soixantaine d’années de bilinguisme. Elle avait été promulguée le 24 décembre 2019.
Ces différents textes et lois du Cameroun portant sur la politique de vulgarisation du multiculturalisme sont une copie-collée de ce qui est en vigueur au Canada. Ceci avait une double finalité : d’une part, apporter des solutions législatives et juridiques au conflit linguistique entre la majorité francophone et la minorité anglophone qui remonte à l’abrogation du système fédéral de 1972. D’autre part, il était question pour l’exécutif camerounais de se mettre sur la même longueur d’onde que son confrère canadien à deux niveaux : faire du multiculturalisme un vecteur de l’identité culturelle nationale, et de la reconnaissance du Cameroun comme étant une société multiculturelle du monde.
[1] Pour ces aires culturelles, il s’agit : de l’Aire Fang-Béti, Sawa, Grassfields et Soudano-Sahélienne.
[2] Confère Article 3, alinéa 1 du décret n°2017/013 du 23 janvier 2017, portant création de la CNPBM.
[3] Extrait de la communication de Samuel Efoua Mbozo’o, membre de la CNPBM, du 4 août 2021.
[4] Loi n°2019/019 du 24 décembre 2019 portant promotion des langues officielles au Cameroun
[5] Ibid., confère les articles 8, 9 et 10.
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