Anthropologie collaborative, expérimentale et créative au Canada : la création d’un « laboratoire » de recherche
· La CASCA présente
La réflexion d'Emma Varley sur le troisième volet de CASCA Presents
Situé à l'Université de la Colombie-Britannique, Okanagan, le laboratoire de Fiona P. McDonald Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale fonctionne comme un espace dans lequel les ethnographes peuvent mener des recherches collaboratives, que ce soit en personne ou virtuellement, en utilisant une gamme diversifiée d'outils technologiquement médiatisés. L'une des clés du succès du laboratoire est son soutien à des relations de travail renforcées entre chercheurs, étudiants et praticiens, dont les ethnographies et l'activisme sont enrichis par l'utilisation créative des nombreuses infrastructures sociales, matérielles, structurelles et numériques du laboratoire. En garantissant également l'accessibilité générale du laboratoire à divers utilisateurs au sein et au-delà du milieu universitaire, le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentaleoccupe un espace précieux pour une recherche plus facile et plus équitable.
En détaillant les nombreuses réalisations du laboratoire dans CASCA Presents, Fiona confirme les créativités rendues possibles par les méthodologies et techniques numériques qui étaient autrefois considérées comme « non conventionnelles » par notre discipline. Plus encore, elle montre comment le laboratoire et ses dispositifs numériques offrent d'innombrables opportunités empiriques et des opportunités éthiques pour mieux « accéder à » et transmettre nos riches expériences d'ethnographie, que celles-ci se déroulent en temps réel ou virtuellement. Ces technologies ont le pouvoir de remodeler et de revigorer l'enquête ethnographique, de revitaliser l'analyse et la théorisation, et d'élargir les pédagogies et pratiques professionnelles des anthropologues. De même, l'histoire des Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentaleses opérations de recherche et ses résultats inspirent une analyse réflexive et critique des manières complexes dont l'anthropologie suit le rythme du progrès technologique et des modalités, et en bénéficie.
Le billet invité de Fiona sert d'appel aux anthropologues pour explorer et adopter les nombreuses opportunités offertes par les techniques numériques et analogiques multimodales, en particulier celles capables de capter de manière dynamique les qualités plus sensorielles et expérientielles — parfois même ineffables — des productions en sciences sociales.
Les membres de la CASCA sont invités à réfléchir à la manière dont les « façons de travailler » du laboratoire peuvent être exploitées pour soutenir les efforts des ethnographes afin de s'engager plus profondément et avec imagination dans des pratiques créatives, et de forger des collaborations et du renforcement communautaire plus fructueux, au sein et au-delà des espaces institutionnels.
Anthropologie collaborative, expérimentale et créative au Canada — la création d'un « laboratoire » de recherche
par Fiona P. McDonald
Une approche de l'anthropologie qui m'enthousiasme consiste à trouver ses frontières statiques et à créer des manières innovantes de transformer ces frontières en opportunités. Une approche où la créativité, la collaboration et l'expérimentation peuvent éclore. Mon parcours pour trouver des moyens de dépasser ces limites m'a amenée à réaliser, en tant qu'anthropologue visuelle avec une formation théorique et appliquée approfondie en culture matérielle, qu'il y a du potentiel à travailler de manière critique avec diverses modalités de médias analogiques et d'outils numériques par la curation, la création-recherche et les ethnographies basées sur les arts.
J'ai commencé une partie de mes premiers travaux collaboratifs en anthropologie en co-curant des expositions avec Ethnographic Terminalia (2009-2019).1 En tant qu'anthropologues, nous repoussions les limites de notre travail pour créer des façons innovantes de présenter la recherche en utilisant divers médias, allant au-delà du traditionnel article de conférence pour expérimenter entre l'art et l'anthropologie. Le succès de ce parcours a conduit à l'adoption de nouveaux formats de conférence, tels que des expositions et des installations (qui exigent toutes deux des compétences techniques considérables), devenant la norme aux réunions de la CASCA et de l'American Anthropological Association. Ce changement productif et transformateur dans l'expérimentation m'a amenée à examiner plus en profondeur quelles autres formes institutionnelles peuvent être ré-imaginées comme une opportunité. Ce que j'ai vu, c'est la structure d'un laboratoire de recherche. Et je vous invite, maintenant, dans mon « laboratoire ».
Lorsque j'ai rejoint l'Université de la Colombie-Britannique, Okanagan, j'ai commencé à créer le cadre du Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale sur le territoire non cédé et ancestral du peuple Syilx Okanagan. Le laboratoire n'est pas simplement une infrastructure ; c'est un « espace vivant » ; c'est l'un de mes collaborateurs, et je grandis grâce aux échanges qui ont lieu avec et à travers le laboratoire chaque jour.
Les laboratoires ne sont pas nouveaux en anthropologie au Canada.2 De tels espaces sont disséminés à travers les institutions, et ils varient grandement. Il est important de reconnaître que si certains laboratoires sont organisés autour d'agendas institutionnels différents, d'appareils ethnographiques ou même de collections, certains laboratoires sont financés de manière centrale au sein des départements, et d'autres laboratoires reposent sur le financement et le programme de recherche d'un seul chercheur (le plus souvent financés par la Fondation canadienne pour l'innovation). Ce dernier type de laboratoire correspond à mon laboratoire et à mon programme de recherche sur la justice climatique et le changement social. Nous pouvons considérer le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale et d'autres laboratoires à travers le pays comme des outils vitaux par lesquels l'anthropologie canadienne peut débloquer de nouveaux futurs et potentialités en bricolant avec les médias numériques et analogiques de manière significative, collaborative et éthique.
Tout laboratoire est un voyage pour un chercheur car le construire est itératif depuis la conception (penser à des façons de s'assurer qu'il soit sans barrières et inclusif), jusqu'à réfléchir à l'agencement de l'espace physique et à la sélection des matériaux (tels que des équipements durables). Comme tout bon design de projet de recherche, le laboratoire nécessite des révisions, parfois même quotidiennes, pour s'assurer qu'il est en phase avec les préoccupations, les changements et les tournants actuels en anthropologie et qu'il ne succombe à aucune fetishisation de la « praxis technoscientifique » (Takaragawa et al. 2019 : 517). Je suis profondément consciente des politiques liées aux « dynamiques d'exploitation et d'extractivisme qui alimentent nos pratiques d'utilisation des téléphones mobiles et d'autres technologies pour représenter le savoir » (Takaragawa et al. 2019 : 517). Par conséquent, j'adopte un regard critique pour enquêter sur les logiciels, les plateformes numériques et les outils avec lesquels nous nous engageons dans le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale. En construisant le laboratoire lui-même, j'ai veillé (et continue de veiller) à ce qu'il dépasse les normes d'accessibilité avec des traitements acoustiques, des sièges flexibles et un éclairage adaptatif pour celles et ceux qui visitent et travaillent dans le laboratoire avec différents besoins sensoriels et d'accessibilité. Créer un laboratoire sans barrières signifie aussi veiller à ce que des technologies telles que des écrans interactifs, des pavés tactiles ou des murs effaçables dans chaque pièce puissent être utilisés par tous les corps.

Le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale est innovant parce que l'appareil d'un laboratoire est désormais devenu l'un de mes instruments de recherche, agissant à la fois comme prototype et comme provocation méthodologique utilisant les sens des personnes (ici, j'adresse un respectueux salut à l'anthropologue David Howes, qui a posé les bases des études sensorielles au Canada non seulement par ses écrits mais aussi avec le Centre for Sensory Studies à l'Université Concordia). Mon laboratoire approfondit les engagements sensoriels en recherche par la possibilité de modes de travail multiples, incluant à la fois le numérique (RV, RA, réalisation cinématographique, etc.) et l'analogique (jeux de société, dessin, etc.). Cette curiosité pour l'affordance d'un « laboratoire » me pousse chaque jour à penser avec et à travers mon Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale comme quelque chose de plus que des briques et du mortier. Il fait partie intégrante de ma pratique réflexive où je pose des questions critiques sur ce que signifie travailler dans un laboratoire d'anthropologie : par exemple, il y a des questions de travail, de gestion des données, d'hospitalité, d'inclusion, de décolonisation, de privilège, de justice, de méthodes, de sécurité, de risques, de coûts, de construction communautaire, parmi d'autres réalités. De ces interrogations, mon travail oscille entre l'espace du laboratoire et les communautés locales et académiques pour créer des opportunités de nouveaux horizons de collaboration en anthropologie, qui informent ensuite la façon dont je forme les étudiant·e·s diplômé·e·s. Les collaborations commencent de nombreuses façons et le laboratoire devient à la fois un collaborateur imaginaire et physique pour soutenir les projets tant intellectuellement que matériellement. De cette conjonction, le laboratoire lui-même est devenu un projet de recherche continu pour moi sur les espaces de recherche critiques, par lequel les chercheur·e·s sont invité·e·s à regarder de manière critique et réflexive leurs méthodes, et aussi la situation et la distribution du travail que nous faisons de manière interdisciplinaire.
Le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale physique est officiellement devenu opérationnel au printemps 2022. En tant que directrice, j'organise et accueille des Événements + Expériences axés sur les méthodes et la pratique. En raison de la création du laboratoire, de nombreuses collaborations inattendues et organiques avec d'autres laboratoires, centres et studios en Amérique du Nord (et, espérons-le, au-delà dans les années à venir !) ont commencé à se produire, ce que j'expose ci-dessous. J'ai senti qu'il y a une soif parmi de nombreux anthropologues au Canada qui ont créé et dirigent des laboratoires de se connecter. Cela répond à un appel clair dans l'anthropologie canadienne contemporaine. Lorsque nous cherchons de nouvelles façons de nous connecter et de faire progresser nos méthodes, nous nous ouvrons aux joies sans cesse croissantes que l'on peut trouver dans la recherche interdisciplinaire, non pas en compétition, mais en collaboration. Par le travail de ces laboratoires, les programmes d'anthropologie et les universités canadiennes peuvent modifier leurs métriques pour voir que le chercheur solitaire n'est pas la seule manière de faire notre travail, de former nos étudiant·e·s et de produire des publications, et qu'il existe d'autres productions au-delà de la monographie, où la collaboration est célébrée.
Par conséquent, lorsque les laboratoires se connectent et collaborent, l'innovation et les changements peuvent se produire. Par exemple, en 2022, Kregg Hetherington (PI) et Bart Simon avec le Ethnography Lab de l'Université Concordia, Joshua Barker et Andrew Gilbert avec le Ethnography Lab à l'Université de Toronto, Deborah Thomas et Alissa Jordan avec le Centre d'ethnographie expérimentale à l'Université de Pennsylvanie, Andrea Ballestero avec le Ethnography Studio à l'University of Southern California, et mon Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale à l'Université de la Colombie-Britannique, Okanagan, se sont réunis avec tous nos étudiant·e·s diplômé·e·s dans le cadre d'un projet de développement de partenariat du Conseil de recherches en sciences humaines. Collectivement, nous avons été motivés par l'opportunité de polliniser les idées, les méthodes et de favoriser la mobilité étudiante entre les espaces de recherche et les projets de recherche nouvellement créés. Nous nous sommes donné pour objectif de construire un réseau synergetique de laboratoires.
Animés par la passion commune de ce partenariat pour expérimental méthodes pour ethnographique recherche, gathering, and exchange, we co-created EMERGE : une matrice pour la collaboration et la pratique ethnographiques par laquelle le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale a publié une nouvelle méthode qualitative axée sur le dessin que vous pouvez suivre ici sur PROTOCOLS.IO. De plus, tous les laboratoires se sont engagés à examiner de manière critique une gamme de ce que nous appelions les « Méthodes Curieuses » en anthropologie — le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale a questionné la politique de la cartographie numérique.
Par le biais de la MATRICE EMERGE, nous avons invité des chercheur·e·s à nous aider à travailler sur des questions en anthropologie, plus récemment autour des interrogations multimodales dirigées par Samuel Collins et Matthew Durington (2024) à Towson University.
Au sein de ce réseau de laboratoires, l'appareil d'un laboratoire d'ethnographie, tant conceptuellement que physiquement, permet un soutien in situ pour la formation des étudiant·e·s diplômé·e·s et la recherche qui se connecte aux communautés locales. Par exemple, mon projet communautaire enthousiasmant avec la Okanagan Regional Library adopte une approche appliquée en recherche pour mettre en œuvre leur réponse à la législation sur l'accessibilité en Colombie-Britannique, dans le cadre de laquelle nous créons BLUEPRINT : Une approche appliquée de l'accessibilité pour d'autres organisations à but non lucratif à adopter alors qu'elles répondent à la législation et aux normes d'accessibilité de la Colombie-Britannique. L'infrastructure numérique accessible du Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale permet l'engagement avec d'autres chercheur·e·s de terrain, et elle permet aux étudiant·e·s, en collaboration avec UBC Studios Okanagan et mon collaborateur Joel Thiessen, spécialiste principal des médias, d'apprendre la photogrammétrie et l'éthique des objets numériques pour la modélisation 3D, comme on le voit dans l'exposition collective « Material Memories ». Vous pouvez regarder la vidéo de 18 minutes de l'exposition, ponctuée de biographies d'objets racontées par la voix des étudiant·e·s utilisant des poèmes en forme libre qu'ils ont créés.

Si vous aspirez à une expérience plus interactive avec ces modèles, veuillez cliquer pour accéder à la version 3D de l'exposition et interagir avec ces modèles et poèmes. Sélectionnez le « Mode Manuel » afin de pouvoir faire pivoter les modèles avec votre curseur pour zoomer et déplacer les modèles, et écoutez les poèmes pour votre propre expérience immersive en cliquant sur l'icône Unity à droite :
Un autre exemple est que, actuellement au Canada, à part un module dans la formation TCPS2-Core, il n'existe pas de manière centralisée d'aborder les meilleures pratiques en matière de recherche éthique liée à la recherche visuelle, numérique et basée sur les objets. Cela m'a amenée à co-créer INFocus : Un guide des fondamentaux de l'éthique visuelle et des objets, à nouveau avec Joel Thiessen d'UBC Studios Okanagan. Ce guide propose une formation en éthique qui englobe les médias, de la réalisation cinématographique à la photogrammétrie. À l'automne 2025, après deux années de développement et d'itération soigneux en classe, une ressource éducative ouverte (OER) sur l'éthique visuelle et des objets sera publiée en ligne et mise à disposition sous licence Creative Commons. Restez à l'écoute !
Mais parmi toutes les choses que je fais avec mon programme de recherche au sein de mon laboratoire, l'une des plus grandes réalisations et des honneurs profonds que j'ai est de pouvoir travailler en étroite collaboration avec certains des étudiant·e·s diplômé·e·s et chercheur·e·s postdoctoraux les plus remarquables alors qu'ils innovent le potentiel créatif de leur recherche, ce qui est aussi essentiel pour faire avancer l'anthropologie canadienne en réfléchissant de manière critique aux lacunes, ou plutôt aux opportunités de briser de nouvelles terres et de faire évoluer les conversations.
Financement
Le Laboratoire d'ethnographie collaborative et expérimentale et les projets évoqués ici sont financés par : le Canadian Funding for Innovation (CFI) ; le British Columbia Knowledge Development Fund (BCKDF) ; l'University of British Columbia, Okanagan (UBCO) ; le fonds Community-University Engagement (CUES) de l'University of British Columbia (UBC) ; UBC ALT-2040 ; et une subvention de développement de partenariat du CRSH.
Notes
- Membres : Craig Campbell, Kate Hennessey, Trudi Lynn Smith, Stephanie Takaragawa et Fiona P. McDonald. Notez que quatre d'entre nous viennent du Canada ! www.ethnographicterminalia.com
- Je nomme quelques laboratoires en Colombie-Britannique pour donner un contexte régional à mon laboratoire. Les précédents sont les deux laboratoires de recherche visuelle à l'Université de Victoria, le Visual Stories Lab (www.visualstorieslab.ca) et plus récemment Alexandrine Boudreault-Fournier AIR (Acoustic Innovation Research) Laboratoire ; le laboratoire de Kate Hennessy Making Culture Lab à l'Université Simon Fraser (www.makingculturelab.com); et le CEDaR (Community Engaged Documentation and Research) Lab à l'Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, codirigé par Daisy Rosenblum et David Gaertner.
Références
Collins, Samuel G. et Matthew S. Durington. 2024. Méthodes multimodales en anthropologie. New York, NY : Routledge.
Takaragawa, Stephanie, Smith, Trudi, Hennessy, Kate, Alvarez Astacio, Patricia, Chio, Jenny, Nye, Colman, Shankar, Shalani. 2019. « Bad Habitus : Anthropology in the Age of the Multimodal. » American Anthropologist 121(2) : 517-524.
