Daniel Tubb sur le travail de terrain pour sa nouvelle ethnographie Shifting Livelihoods
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Par Daniel Tubb, Université du Nouveau-Brunswick
Shifting Livelihoods : Gold Mining and Subsistence in the Chocó, Colombia, University of Washington Press, 2020

Shifting Livelihoods est né des dix‑huit mois que j’ai passés à apprendre à extraire l’or avec des outils à la main dans le département pacifique colombien du Chocó, entre 2010 et 2012. C’est mon premier livre, et, en tant qu’anthropologue, j’ai consacré mon temps à l’observation participante, travaillant dans des mines d’or artisanales et à petite échelle et vivant dans une communauté afro‑colombienne. Le livre lui‑même est le produit de ce travail de terrain ethnographique de longue durée, enraciné dans un lieu.
J’ai passé la majeure partie de mon temps dans un village du Pacifique colombien, sur une rivière, à apprendre le métier d’extraire de l’or. J’ai travaillé aux côtés d’orpaillers afro‑colombiens. J’étais enthousiaste, sans être très efficace. Je me levais avant l’aube, portais du carburant, creusais des tranchées et lançais des pierres. J’ai passé un peu de temps sous terre. J’ai trouvé des moyens d’aider. Je suis devenu compétent dans certaines techniques. Les tâches difficiles sont devenues routinières, même si la plupart du temps je suis resté un néophyte. Avec certains mineurs, je dégorgeais les pierres de la auge. La auge était à moitié une pirogue creusée, qui alimentait une planche de bois dont les côtés étaient cloués au‑dessus d’un sac. Tandis que les mineurs déversaient des pierres, de la boue et du gravier extraits de la fosse, je maintenais la auge dégagée. Leurs bassines en bois étaient les outils principaux. Certaines personnes envoyaient des bassines en bois pleines de boue s’envoler du fond de la fosse pour laisser passer les bassines vides lancées vers le bas par d’autres. Je retirais les pierres et le gravier laissés dans la auge par la traction constante d’un filet d’eau. Si je travaillais lentement, les pierres s’accumulaient et des amis venaient tout dégager d’un seul geste, ce qui me laissait embarrassé. Avec le temps, j’ai appris quelques‑unes de ses astuces. Ne prenez pas les pierres une à une, pellez‑les par masse. Le travail était à la fois physique et habile.
Le livre est, en partie, une étude de ce travail qualifié et de la liberté qu’il peut conférer. Ses pages s’appuient sur le temps que j’ai passé à travailler avec les mineurs. À partir de ces travaux, j’aborde les économies diverses des orpailleurs artisanaux et d’autres personnes qui gagnent leur vie en utilisant des bassines en bois et des outils manuels, parallèlement à la chasse, à la pêche, à la migration urbaine et au commerce, et à d’autres stratégies changeantes de moyens de subsistance de rebusque. Mon intérêt porte sur le travail et les moyens de subsistance des mineurs, inscrits dans les connexions plus larges de l’or.
Mes arguments émergent d’un apprentissage des techniques qualifiées de l’extraction minière. J’ai travaillé pour devenir familier du travail minier. Lancer des pierres, creuser, pelleter et piquer m’ont donné un aperçu de ce que signifiait le métal jaune, comment le trouver et quoi en faire. Ces activités ont ouvert une fenêtre sur les réalités pratiques et les ambiguïtés de l’extraction. Certaines tâches sont devenues familières. Si la familiarité est une étape nécessaire à la compréhension, apprendre à miner m’a aidé à développer une compréhension intime, pratique et incarnée du travail. Cela a aussi créé un espace de confiance mutuelle et d’amitié qui a facilité mon entreprise ethnographique. Les interactions quotidiennes, les conversations informelles et l’approfondissement des relations ont créé des amitiés. Apprendre à miner a aidé à instaurer des confidences, qui sont le commerce courant de l’ethnographie. Cela m’a permis d’apprendre à la fois ce qui est important et ce qu’il faut demander (ou ne pas demander). Cela m’a donné l’occasion de rencontrer des mineurs et constituait une explication claire et compréhensible de ma présence. Cela m’a aidé à nouer des liens humains et à développer des compétences sociales.
Le fait que je sois devenu un mineur enthousiaste, certes incompétent et peu expert au final, m’a aidé à prendre conscience de ce qui était important pour les mineurs, tout en me donnant certains des réflexes nécessaires pour accomplir les tâches quotidiennes. De plus, si les hommes et les femmes qui travaillaient toute la journée à la mine endossaient le rôle d’experts qualifiés, j’endossais celui de leur novice, quelqu’un à instruire et à protéger. Cette inversion temporaire du savoir et du pouvoir était remarquable parce que, trop souvent, des étrangers et des chercheurs de passage arrivaient de façon inattendue en fin d’après‑midi, juste au moment où les mineurs revenaient de la brousse, les plus fatigués et les plus sales. En travaillant à leurs côtés, en étant aussi fatigué et aussi sale, ma recherche devenait plus lisible. Tout le monde savait quelle était ma méthode parce que l’on me voyait la mettre en pratique. Mon observation participante ethnographique ne suffisait cependant pas. J’ai aussi lu. J’ai lu des journaux, des magazines, des documents d’archives, des sites web et une littérature en plein essor sur l’extraction minière en Amérique latine et au‑delà. Une fois mon travail de terrain terminé en 2012, j’ai passé une année à lire des rapports d’entreprises, des états financiers et les sites web de compagnies basées au Canada ayant des projets dans le Chocó, ainsi que des rapports d’activistes et des articles de presse. J’ai étudié et cartographié des statistiques sur l’extraction aurifère. J’ai suivi mon intuition pour parvenir à une nouvelle compréhension d’une ruée vers l’or.
Par une ethnographie de l’or qui examine les mouvements de personnes, de marchandises et de capitaux, Shifting Livelihoods montre comment l’extraction des ressources et les industries aurifères artisanales, à petite échelle et multinationales transforment un territoire. Le livre soutient que l’or permet des formes de moyens de subsistance changeants. « Shifting livelihoods » est ma traduction de rebusque, une métaphore pour la stratégie de subsistance fluide adoptée tant par les habitants de la forêt que par les mineurs migrants, alors qu’ils cherchent du travail informel au milieu d’une guérilla liée au trafic de drogue. Les effets d’une ruée vers l’or sur les populations rurales, les entreprises et la politique se montrent dans ce que j’espère être un récit lisible de la vie quotidienne dans une économie régionale dominée par l’or et la cocaïne.
Shifting Livelihoods : Gold Mining and Subsistence in the Chocó, Colombia (University of Washington Press, 2020, 219 pages) est disponible chez l'éditeur, et partout où les livres sont vendus. La préface est disponible en ligne. Une conférence sur Shifting Livelihoods, donnée pour le New Brunswick Media Co‑op, est disponible en ligne.
