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Enquête mondiale sur la pratique anthropologique

· Culture, Vol. 12, No. 2 - #metoo· Cultureblog· Rapports

Par le Comité du travail de la CASCA

Le Comité du travail de la CASCA se consacre à l'examen des pratiques de travail et de la précarité de l'emploi dans la discipline, à la sensibilisation des membres et à la formulation de recommandations visant à promouvoir des normes d'emploi équitables pour tous les anthropologues canadiens.

L'année dernière, le World Council of Anthropological Associations (WCAA) a mené une enquête internationale auprès des anthropologues afin de mieux comprendre l'état actuel de la discipline. Ils ont recueilli des informations sur la démographie, les qualifications et l'expertise des anthropologues ainsi que sur les pratiques de travail actuelles, le perfectionnement professionnel et les problématiques d'emploi. Bien que d'envergure mondiale, le WCAA a également classé les réponses selon l'appartenance associative des répondants et a communiqué ces données aux associations concernées. 176 membres de la CASCA ont participé, et bien que cet échantillon ne soit peut‑être pas représentatif de notre adhésion, les réponses donnent une indication des tendances et des enjeux généraux dont nous devons être conscients dans le domaine. Nous présentons ici quelques‑uns des résultats les plus marquants concernant les conditions de travail en anthropologie au Canada.[1]

Manque d'emplois permanents à temps plein

La plupart d'entre nous sont conscients du passage, sur le long terme, vers un emploi occasionnel et précaire dans l'enseignement universitaire. La rareté de postes d'enseignement à temps plein viables en anthropologie et l'augmentation du nombre de diplômés sur le marché signifient aussi que de nombreux anthropologues se retrouvent soit au chômage, soit dans des emplois sans rapport avec leurs qualifications professionnelles.

Les données agrégées de la CASCA provenant de l'enquête du WCAA indiquent que les anthropologues canadiens subissent ces tendances. Un quart des répondants déclare être sous‑employé sur le plan professionnel, c’est‑à‑dire des personnes qui souhaiteraient travailler à temps plein mais ne le peuvent pas (Figure 1). Ces chiffres se retrouvent dans une autre question : un quart des sondés déclarent ne pas avoir d'emploi qui mette à profit leur formation anthropologique, soit parce qu'ils sont au chômage, soit parce qu'ils n'exercent pas dans une capacité professionnelle.[2]

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On constate aussi que la voie traditionnelle d'emploi universitaire pour les anthropologues, la permanence (tenure track), a changé (Figure 2). L'enquête du WCAA montre que seulement 56 % des répondants de la CASCA ont un emploi à temps plein permanent (94 % de ces postes à temps plein sont des appointements universitaires). Les 44 % restants occupent un mélange de postes à temps plein non permanents, de postes à temps partiel, occasionnels et contractuels, y compris 9 % qui travaillent comme bénévoles.

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Rémunération équitable

Même lorsqu'ils ont un emploi, les anthropologues sont-ils payés équitablement ? Certes, les postes permanents à temps plein sont généralement bien rémunérés, mais ici aussi nous constatons qu'un grand nombre d'anthropologues ne sont pas payés en fonction de leurs qualifications. Seuls 54 % des répondants à l'enquête de la CASCA estiment recevoir un salaire équitable, tandis que 30 % sont certains d'être sous‑payés (Figure 3).

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Une analyse plus approfondie des données agrégées révèle des liens révélateurs. Si l'on ne considère que les personnes occupant des postes permanents à temps plein, 71 % estiment être payées de façon équitable. Parmi ceux qui occupent des postes à temps partiel et occasionnels, en revanche, seulement 27 % estiment percevoir un salaire équitable. Comme dans tant d'autres cas, ce sont principalement les personnes en haut de l'échelle qui sont traitées équitablement.

Déséquilibres entre les sexes

L'enquête du WCAA n'a pas demandé aux répondants d'indiquer leur origine ethnique ou leur statut de minorité, mais elle leur a demandé d'identifier leur genre.[3] Cela nous permet de comparer les positions relatives des hommes et des femmes en anthropologie canadienne. Par exemple, alors que 31 % des femmes ont déclaré être sous‑employées, seulement 16 % des hommes l'ont fait. En matière de rémunération équitable, seules 48 % des femmes estiment recevoir un salaire équitable contre 61 % des hommes (Figure 4).

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Les types d'emplois occupés par les anthropologues hommes et femmes diffèrent également (Figure 5). Les réponses indiquent que les membres masculins de la CASCA sont beaucoup plus susceptibles d'occuper des postes permanents à temps plein. Les femmes sont plus souvent employées dans des emplois à temps plein à durée déterminée et des postes à temps partiel. Les conditions de travail en anthropologie sont donc différentes pour les hommes et les femmes, et ce sont les femmes qui sont plus susceptibles de connaître la précarité.

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Conclusions

Comme on peut le voir, les données recueillies par le WCAA montrent que la composition de la main‑d'œuvre anthropologique est bien plus diversifiée que certains pourraient le croire. Bien que la majorité des membres de la CASCA travaillent à temps plein dans des universités en postes titulaires ou sur la voie de la titularisation, une proportion importante est sous‑employée, occupant des contrats à temps partiel ou de courte durée qui rémunèrent considérablement moins malgré des qualifications souvent équivalentes. Malheureusement, l'enquête du WCAA ne nous donne pas une image complète, car les réponses n'ont été sollicitées que auprès des membres actifs de la CASCA. Combien de collègues, de diplômés et d'étudiants ont été contraints de quitter la discipline en raison de mauvaises conditions de travail, ou ne peuvent pas se permettre d'adhérer à une association professionnelle ? Les résultats du sondage ici ne sont qu'un instantané d'un segment particulier du marché du travail académique.

Cependant, nous devrions tous être préoccupés. Si les futurs étudiants aux cycles supérieurs apprenaient qu'un sur trois d'entre eux finirait par ne pas recevoir une rémunération qu'ils jugent équitable, ou si les étudiantes se voyaient dire que seulement la moitié d'entre elles trouverait un emploi permanent à temps plein (alors que les hommes auraient de meilleures chances), nos programmes de cycles supérieurs seraient en grand danger. Nous devons nous informer, ainsi que nos étudiants, sur les réalités du travail universitaire au Canada aujourd'hui et trouver des moyens de promouvoir l'équité, l'équilibre et la justice dans notre travail.

[1] Nous utilisons le terme anthropologie canadienne de manière assez large ici, puisque seulement 70 % des répondants de la CASCA travaillent au Canada. 9 % supplémentaires travaillent aux États-Unis et le reste représente des membres de 15 pays différents.

[2] Le dernier chiffre comprend probablement aussi un petit nombre d'anthropologues retraités. Le WCAA n'a pas recueilli de données sur le nombre d'anthropologues retraités ayant répondu à l'enquête. Fait intéressant, parmi les 21 répondants âgés de 70 à 79 ans, 10 travaillent encore.

[3] Malheureusement, le WCAA n'a pas prévu d'option pour une identification de genre non binaire et n'a permis aux répondants de répondre que « homme » ou « femme ».