Présentation du Comité du Travail
· Culture, Vol. 12, No. 1 - Contrapunteo· Cultureblog· Rapports
Au moment où nous écrivons, le CUPE 3903, qui représente le personnel enseignant contractuel, les assistants d'enseignement et les assistants diplômés de l'Université York, est en grève depuis six semaines. Sans convention collective depuis août dernier, le syndicat négocie de meilleurs salaires et une meilleure sécurité d'emploi pour les travailleuses et travailleurs vulnérables, et a demandé à l'université de revenir sur la suppression de plus de 700 postes d'assistants diplômés. Bien que le corps professoral contractuel et à temps partiel à York assure collectivement plus de 60 % de l'enseignement, il est sous-payé, peut perdre son emploi à tout moment et n'a aucune voix dans la gouvernance universitaire. Loin d'être une exception, leur situation est devenue la norme pour toute une catégorie d'anthropologues dans les universités canadiennes.
Pour en savoir plus sur l'emploi précaire en anthropologie au Canada, une table ronde a été organisée lors de la réunion de la CASCA 2017 à Ottawa. Les expériences de précarité sont extrêmement diverses, et de nombreux enseignants contractuels et à temps partiel sont à l'aise, voire prospèrent, dans leur profession. Mais les panélistes de la table ronde ont également évoqué le sentiment d'aliénation et de désespoir qui imprègne l'expérience des postes non permanents (non-tenure track). Beaucoup s'en sortent à peine avec des allocations d'enseignement modestes, sont déconnectés de leurs pairs et du terrain lui-même. Certains ont dû choisir entre assister à une conférence ou payer leur loyer. D'autres prennent un second emploi, travaillant parfois aux côtés des mêmes étudiants qu'ils enseignent. Des chercheurs qui ont reçu des prix et des subventions prestigieux, publié abondamment et acquis une précieuse expérience pédagogique se retrouvent néanmoins sans foyer académique permanent; pire encore, avec très peu de perspectives d'en trouver un un jour. Et il est devenu clair que le modèle traditionnel d'emploi académique — dans lequel les jeunes chercheurs passent quelques années après leur doctorat soit dans un poste postdoctoral de recherche, soit à enseigner en postes sessionnels ou à temps partiel avant de trouver un emploi permanent — est brisé.
Lors de l'Assemblée générale annuelle de la CASCA 2017, une motion a été présentée et approuvée à une large majorité afin de former un Comité du travail qui pourrait examiner ces questions, informer les membres et proposer des recommandations visant à encourager des normes d'emploi équitables pour tous les anthropologues canadiens. Le comité, formé l'été dernier, s'est déjà réuni à trois reprises pour discuter d'une série de questions liées au travail et proposer des stratégies concrètes pour lutter contre les inégalités d'emploi. Il comprend les membres suivants, qui représentent une diversité d'expériences et de statuts d'emploi à travers le Canada :
Pauline McKenzie Aucoin (Université Concordia)
Véronique Béguet (Université d’Ottawa)
Eric Henry (Université Saint Mary's)
Shiva Nourpanah (Université Dalhousie)
Deirdre Rose (Université de Guelph)
Marty Zelenietz (Université Saint Mary's – retraité)
Nous avons établi trois objectifs :
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Recueillir et rendre publiques auprès des membres de la CASCA des informations sur les pratiques de travail et l'emploi précaire en anthropologie au Canada, en particulier dans l'enseignement supérieur.
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Coordonner avec d'autres organisations savantes et syndicales qui travaillent sur ces questions afin d'élaborer des stratégies favorisant des pratiques de travail équitables pour les anthropologues. Parmi ces organisations figurent l'Association canadienne des professeures et professeurs d'université (CAUT), la World Anthropological Union (WAU), l'American Anthropological Association (AAA) et de nombreuses autres organisations nationales, provinciales et institutionnelles ainsi que des syndicats.
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Plaider en faveur des anthropologues en emploi précaire au Canada. Nous estimons que la CASCA devrait jouer un rôle plus actif dans la représentation des intérêts des enseignants à temps partiel, contingents et des titulaires de postes non permanents (non-tenure track), ainsi que des anthropologues hors du milieu académique.
La collecte d'informations est notre priorité. En tant que discipline, nous avons besoin de données à la fois quantitatives et qualitatives sur les anthropologues travaillant en postes sessionnels et à temps partiel, et nous solliciterons des informations auprès des départements à travers le Canada. Au cours des prochains mois, nous diffuserons également les résultats d'une enquête à grande échelle menée par la CAUT sur la précarité académique au Canada ainsi que des informations sur d'autres enjeux du travail. Par exemple, nous prévoyons d'examiner le rôle que jouent le genre, la classe sociale et l'origine ethnique dans les pratiques d'embauche actuelles, comment des critères d'évaluation tels que les évaluations de cours affectent le personnel non titulaire, et l'expansion des postes de chargé de cours non axés sur la recherche.
Comme le corps professoral contingent et les étudiants diplômés de York nous l'enseignent, la complaisance face à l'érosion continue des normes d'emploi équitables affaiblira notre discipline et notre profession. Pour plus d'informations sur la situation du travail académique au Canada, veuillez vous référer à labibliographie de travail compilée par Deidre Rose. Nous espérons que tous se joindront à nous pour œuvrer en faveur d'un environnement de travail équitable pour tous.
