Prix du livre Labrecque-Lee 2022
· Culture, Vol. 17, No. 1: Transitions· Cultureblog· Nouvelles
Annonce du Prix du livre Labrecque-Lee 2022

Le Prix du livre Labrecque-Lee a été créé en 2018 et nommé en l'honneur de deux anthropologues canadiens exceptionnels, Marie-France Labrecque et Richard Borshay Lee.
Le Prix du livre Labrecque-Lee récompense une monographie écrite par un seul auteur ou coécrite portant sur des travaux socioculturels, archéologiques, bioculturels, ethnohistoriques ou linguistiques, en français ou en anglais. Il est décerné aux membres de la CASCA qui démontrent une affiliation canadienne par leur travail de terrain, leur institution, leur diplôme ou leur financement. Le lauréat est honoré lors de l'assemblée annuelle de la CASCA et reçoit un prix de 500 $. En 2022, le Comité était composé de Nathalie Boucher, Karoline Truchon, Katie Kilroy-Marac, Greg Allan Beckett, Wendy Wickwire et Rine Vieth. Sept monographies publiées en 2021 ont été soumises. Les critères du Comité sont la richesse et la profondeur de l'ethnographie, la solidité du travail théorique, le style littéraire, l'originalité et la contribution aux débats anthropologiques.
Le Comité a le plaisir d'annoncer que la lauréate du Prix du livre Labrecque-Lee 2022 est la Dre Yana Stainova, pour son ouvrage Sonorous Worlds : Musical Enchantment In Venezuela, publié par University of Michigan Press. La Dre Stainova est professeure adjointe à l’Université McMaster.
Sonorous Worldsest une ethnographie de jeunes Vénézuéliens inscrits à El Sistema. El Sistema est un programme national et public d'éducation musicale créé en 1975, qui fait partie de la ligne politique socialiste du gouvernement. À son apogée, près d'un million d'élèves fréquentaient le programme. L'autrice explore comment, pour de nombreux jeunes vivant dans des quartiers défavorisés où la violence est quotidienne, El Sistema offre, par la voix de l’enchantement musical, une échappatoire, une rupture, une critique des structures dominantes d'exclusion et de répression.
La recherche ethnographique à l'origine de ce livre s'est déroulée entre 2011 et 2015. Elle est solide et perspicace, tant sur le plan théorique que méthodologique. L'ouvrage ne se concentre pas sur l'institution qu'est El Sistema. Plutôt, en interviewant des étudiants, des chefs d'orchestre, des directeurs et des employés, l'autrice s'intéresse aux manières dont les participants d'El Sistema, pendant et après leur participation au programme, continuent à construire des mondes d'expérience et d'expression de soi qui leur permettent de s'épanouir au milieu de la souffrance, de la marginalisation et de l'injustice sociale (p. 10–11). Le schéma d'organisation principal du livre (axé sur les idées centrales de la musique, de l'enchantement, de l'aspiration et du pouvoir) fonctionne bien et montre comment l'argument passe du sens restreint de la pratique musicale à des aspects beaucoup plus larges de la vie sociale.
L'ethnographie est magnifiquement rédigée et présente un équilibre engageant et accessible entre données ethnographiques et théoriques. C'est ce souci d'équilibre en particulier qui a le plus convaincu le Comité. Cet équilibre découle d'une narration efficace et sensible, mêlant conversations avec les informateurs et leurs familles, observations dans les couloirs des écoles locales d'El Sistema ainsi que lors d'événements politiques, et préoccupations théoriques plus larges. Il résulte en partie du fait que l'autrice fonde habilement sa compréhension des dimensions incarnées et affectives de la musique et de la politique socialiste sur sa propre expérience.
Sonorous Worldsoffre l'occasion de réfléchir en profondeur à tous les aspects de la recherche ethnographique et de l'écriture (les méthodes/la conceptualisation de la recherche, l'écriture d'une introduction remarquable, la manière de « s'immerger » dans le travail, etc.). Bien que l'ouvrage soit fortement centré sur la musique et ses dimensions sensorielles et réactives — ce qui a priori pourrait intéresser un public canadien limité — l'articulation par l'autrice de la notion d'enchantement est convaincante et innovante. En particulier, l'argument sur les mondes sonores et l'ineffabilité apporte des contributions significatives aux débats anthropologiques sur la subjectivité, la politique, l'affect et l'ambivalence. De plus, le livre comprend des descriptions détaillées des applications concrètes de la théorie sur le terrain, et des considérations attentives des événements empiriques comme contributions fertiles à la réflexion théorique. Ce travail établit une nouvelle norme pour la richesse des échanges entre anthropologues et informateurs.
Le solide équilibre entre la voix auteuriale, l'engagement théorique et la construction empirique dans l'ouvrage de la Dre Stainova a eu un grand impact sur le Comité, qui y voit un moyen pour les anthropologues, les étudiants et le grand public de s'y retrouver, d'apprendre et d'en débattre. Cet ouvrage a ouvert, pour notre comité, de nouveaux horizons de pensée et de réflexion.

Le Comité souhaite reconnaître, par une mention honorable, le livre What was said to me: The Life of Sti’tum’atul’wut, a Cowichan Woman, par Ruby Peter (en collaboration avec Helene Demers (Royal BC Museum). Le livre est une histoire orale à la première personne de l'aînée Cowichan Ruby Peter (Sti’tum’atul’wut), qui a consacré sa vie à enseigner et à préserver la langue Hul’q’umi’num’ et à maintenir intactes la langue et les traditions. Il raconte une histoire de résistance coloniale et de survie autochtone à travers l'incroyable trajectoire de vie de l'auteure, de la jeunesse à la vieillesse, en passant par la Seconde Guerre mondiale, la scolarisation et l'initiation en tant que Thi’tha (chamane). Édité par l'anthropologue Hélène Demers, le livre est extrêmement accessible. La narration, belle et poignante, se lit comme si elle avait été entendue. Le processus de création, bien que peu détaillé, et la vie même de Ruby Peter ont laissé une forte impression parmi les membres du Comité, qui le recommandent chaleureusement à toute personne intéressée par les études autochtones ou par l'écriture de l'histoire orale.
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Annonce du Prix du livre Labrecque-Lee 2022

Le Prix du livre Labrecque-Lee a été créé en 2018 et nommé en l’honneur de deux anthropologues canadiens exceptionnels, Marie-France Labrecque et Richard Borshay Lee.
Le Prix du livre Labrecque-Lee honore une monographie d’auteur.e ou coécrite, toute discipline (socioculturelle, archéologique, bioculturelle, ethnoculturelle, ethnohistorique ou linguistique), en français ou en anglais. Le Prix est remis aux membres de la CASCA qui démontrent une affiliation canadienne par leur travail sur le terrain, leur établissement d’affiliation, leur institution de diplomation ou leur financement. Le gagnant est honoré à l’assemblée annuelle de la CASCA et reçoit un prix de 500 $. En 2022, le Comité était composé de Nathalie Boucher, Karoline Truchon, Katie Kilroy-Marac, Greg Allan Beckett, Wendy Wickwire et Rine Vieth. Sept monographies publiées en 2021 ont été soumises. Les critères du Comité sont la richesse et la profondeur de l’ethnographie, la force du travail théorique, le style littéraire, l’originalité et la contribution aux débats anthropologiques.
Le Comité est heureux d’annoncer que la lauréate du Prix Labrecque-Lee 2022 est Dr. Yana Stainova, pour son ouvrage Sonorous Worlds: Musical Enchantment In Venezuela, publié par University of Michigan Press. Yana Stainova est professeure adjointe à McMaster University.
Sonorous Worlds est une ethnographie de jeunes vénézuelien×ne×s inscrit×e×s à El Sistema. Ce programme national public d’éducation musicale a été créé en 1975 et participe de la ligne politique socialiste du gouvernement vénézuélien. À son plus fort, il accueillait près d’un million de Vénézuélien×ne×s. L’autrice explore comment, pour de nombreux×se×s jeunes vivant dans les quartiers défavorisés et où la violence est quotidienne, El Sistema offre, par voix de l’enchantement musical, une échappatoire, une rupture, une critique des structures dominantes d’exclusion et de répression.
La recherche ethnographique derrière ce livre, qui s’est déroulée entre 2011 et 2015, est solide et astucieuse, tant au niveau théorique que méthodologique. L’ouvrage ne porte pas sur l’institution qu’est El Sistema. Mais en interviewant des étudiant×e×s, des chef×fe×s d’orchestre, des directeur×trice×s et des employé×e×s, l’autrice s’intéresse aux façons dont les participant×e×s à El Sistema, pendant et après le programme, continuent à construire des mondes d’expériences et d’expression de soi qui leur permettent de s’épanouir au travers de la souffrance, de la marginalisation et de l’injustice (notre traduction, p. 10-11). Le schéma d’organisation principal du livre (autour d’idées centrales : la musique, l’enchantement, l’aspiration et le pouvoir), fonctionne bien et montre comment l’argument passe du sens étroit de la fabrication de la musique à des aspects beaucoup plus larges de la vie sociale.
L’ethnographie est magnifiquement bien écrite et présente un équilibre engageant et accessible quant aux données ethnographiques et théoriques. C’est en particulier cet aspect d’équilibre qui a le plus convaincu le comité. Cet équilibre tient à une narration efficace et sensible entre les conversations avec des informateur×trice×s et leur famille, des observations et de terrain dans les corridors des organes locaux d’El Sistema comme des manifestations politiques, et des préoccupations théoriques plus larges. Cet équilibre résulte notamment du fait que l’auteure construit habilement sa compréhension des aspects incarnés et affectifs de la musique (et de la politique socialiste) sur sa propre expérience.
Sonorous Worlds offre une occasion de réfléchir en profondeur à tous aspects de la recherche ethnographique et à l’art d’écrire (les méthodes/la conceptualisation de la recherche, l’écriture d’une introduction incroyable, la façon de « s’inscrire dans » le travail, etc.). Bien que l’ouvrage soit très axé sur la musique et ses dimensions sensorielles et sensibles — ce qui a priori pourrait intéresser un public canadien limité — l’articulation de la notion d’enchantement par l’autrice est convaincante et innovante. En particulier, l’argument sur les mondes sonores et l’ineffabilité apporte des contributions significatives aux conversations en anthropologie sur la subjectivité, la politique, l’affect et l’ambivalence. De plus, l’ouvrage comprend des descriptions détaillées des processus d’applications concrètes de la théorie au terrain, et des considérations minutieuses à l’égard d’événements empiriques comme autant de contributions fertiles à la réflexion théorique. Ce travail établit une nouvelle norme pour la richesse des échanges entre les anthropologues et leurs interlocuteur·trice·s.
L’équilibre solide entre la voix de l’autrice, l’engagement théorique et la construction empirique de l’ouvrage de Yana Stainova a eu un grand impact sur le comité, qui voit en ceci comment les anthropologues, les étudiant×e×s et le grand public pourraient s’y référer, en apprendre et débattre. Cet ouvrage a ouvert, chez notre comité, de nouveaux mondes de pensée et de réflexion.

Le Comité souhaite reconnaître, par une mention honorable, le livre What was said to me : The Life of Sti’tum’atul’wut, a Cowichan Woman, par Ruby Peter (en collaboration avec Helene Demers [Royal BC Museum]). Ce livre présente l’histoire orale, à la première personne, de l’aînée Cowichan Ruby Peter [Sti’tum’atul’wut], qui a consacré sa vie à enseigner et à préserver la langue Hul’q’umi’num’ et les traditions. Le livre raconte l’histoire de la résistance coloniale et de la survie des Autochtones à travers l’incroyable histoire de la vie de l’auteure, dès sa jeunesse en passant par la Seconde Guerre mondiale, sa scolarité et son initiation en tant que Thi’tha (chamane). Édité par l’anthropologue Hélène Demers, le livre est très accessible. La narration, superbe et bouleversante, se lit comme si elle était entendue. Le processus de création, même s’il n’est pas détaillé, et la vie de Ruby Peter en tant que telle ont laissé une forte impression parmi les membres du Comité, qui le recommandent chaleureusement à toute personne intéressée par les études autochtones ou par l’écriture de l’histoire orale.
