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Annonce du prix 2019 décerné par le comité du Prix du livre Labrecque-Lee

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Le Prix du livre Labrecque-Lee a été créé en 2018 et nommé en l’honneur de deux anthropologues canadiens exceptionnels. Marie-France Labrecque, professeure émérite au Département d’anthropologie de l’Université Laval, où elle a enseigné pendant plus de 30 ans. Depuis 1982, elle a (co)écrit ou (co)édité neuf livres sur le genre, la migration et la mobilité au Mexique. En 2015, elle a reçu le Weaver-Tremblay prix par la CASCA, célébrant sa contribution à l’anthropologie canadienne. Richard Borshay Lee est professeur émérite au Département d’anthropologie de l’Université de Toronto. Depuis 1965, il a participé en tant que (co)auteur ou (co)éditeur de neuf livres sur les chasseurs‑cueilleurs d’Afrique et d’Amérique du Nord. En 2016, il a été nommé Officier de l’Ordre du Canada et il est membre de la Société royale du Canada.

Le Prix du livre Labrecque-Lee honore une monographie d’auteur seul ou coécrite dans les domaines socioculturel, archéologique, bioculturel, ethnohistorique ou linguistique, en français ou en anglais. Il est décerné aux membres de la CASCA qui démontrent une affiliation canadienne par leur terrain, leur institution, leur diplôme ou leur financement. Le lauréat est honoré lors de la réunion annuelle de la CASCA et reçoit un prix de 500 $. En 2019, le Comité était composé de Julie‑Soleil Archambault, Nathalie Boucher, Daromir Rudnyckyj et Jaro Stacul. Dix monographies ont été soumises. Les critères du Comité sont la richesse et la profondeur de l’ethnographie, la solidité du travail théorique, le style littéraire, l’originalité et la contribution aux débats anthropologiques.

Le Comité a le plaisir d’annoncer que la lauréate de 2019 est Katie Kilroy-Marac, pour son livre An Impossible Inheritance: Psychiatrie postcoloniale et le travail de la mémoire dans une clinique d’Afrique de l’Ouest.Dr. Kilroy-Marac est professeure adjointe d’anthropologie à l’Université de Toronto Scarborough.

An Impossible Inheritanceest un exemple paradigmatique d’ethnographie qui effectue un travail théorique. Le livre est une étude ethnographique de la clinique psychiatrique de Fann, située au Sénégal. Cependant, les interventions de l’ouvrage vont bien au‑delà d’une simple étude de cas. L’auteure, Katie Kilroy-Marac, illustre un problème théorique profond à travers les débats et la dynamique qui ont animé les traitements à la clinique de Fann pendant plusieurs décennies. En jeu dans ces débats se trouve rien de moins que la question de l’universalité du savoir. Prenant la psychiatrie transculturelle du médecin français Henri Collomb comme objet central d’analyse, Kilroy-Marac décrit comment la clinique de Fann est un lieu central de profondes contestations : la psychiatrie est‑elle une science universelle donnant un regard privilégié sur l’esprit humain en général, ou est‑elle limitée par les cultures et les histoires particulières où elle s’applique ? Ce faisant, Kilroy-Marac révèle les apories du colonialisme et les dilemmes de la modernité. L’auteure documente, par des données saisissantes, la façon dont la clinique est un point dense de transfert pour les tensions culturelles, historiques et politiques, les pratiques et croyances occidentales et traditionnelles en matière de santé mentale, et des personnages complexes, en particulier Demba et Collomb. Plus important encore, le dialogue théorique avec les micropratiques de la clinique et le macro‑contexte de l’économie politique postcoloniale et néolibérale est éclairant. Enfin, le récit de l’ethnographe sur ses pensées et ses doutes est poétiquement et intelligemment intégré au texte. Rédigé avec soin et dans un souci d’innovation ethnographique, An Impossible Inheritanceest un exemple saisissant du pouvoir de l’anthropologie contemporaine et illustre avec force la capacité de la discipline à éclairer des questions théoriques cruciales par un travail ethnographique finement détaillé. Il constitue un bel exemple de la force du travail ethnographique et de l’écriture comme moyen complexe mais lucide de contribuer à l’anthropologie et, plus largement, aux sciences humaines.

Le Comité souhaite également décerner une mention honorifique à Laura Eramian pour son ouvrage Peaceful Selves; Personhood, Nationhood, and the Post-Conflict Moment in Rwanda. Laura Eramian est professeure adjointe au Département de sociologie et d’anthropologie sociale de l’Université Dalhousie, à Halifax.

L’ouvrage est une analyse de l’identité personnelle et nationale dans le Rwanda post‑génocide. Se fondant sur un travail ethnographique mené en plusieurs périodes sur une décennie, il examine comment des Rwandais de différentes classes sociales réfléchissent à une vaste gamme de messages émanant de l’État rwandais et d’ONG, leur enseignant à devenir de bons citoyens et à pardonner aux auteurs de violences. Tant par le fond que par la forme, l’auteure réussit à communiquer l’ambivalente complexité qui structure la vie quotidienne de ses interlocuteurs, pris entre le désir d’abandonner le passé et de penser l’avenir, et les souvenirs du génocide et de proches disparus — parents, amis et voisins. L’auteure fonde son analyse sur une connaissance approfondie de la culture et de la société rwandaises et dissèque habilement les différentes motivations et attitudes des Rwandais quant à leur rôle perçu dans la construction de la nouvelle nation à la suite des violences. Les portraits des participants donnent aux lecteurs une véritable impression de la manière dont les inquiétudes liées à l’identité personnelle et nationale sont articulées par des personnes qui cherchent à devenir des agents de changement. Le livre apporte une excellente contribution à la littérature anthropologique africaniste établie sur l’après‑catastrophe.

Le prix et la mention honorifique ont été remis lors de l’assemblée générale annuelle le 22 novembre 2019, à Vancouver.

Le Prix du livre Labrecque-Lee a été créé en 2018 et nommé en l’honneur de deux anthropologues canadiens exceptionnels. Marie-France Labrecque est professeure émérite au Département d’anthropologie de l’Université Laval, où elle a enseigné pendant plus de 30 ans. Depuis 1982, elle a (co)écrit et (co)édité neuf livres sur le genre, la migration et la mobilité au Mexique. En 2015, la CASCA lui a décerné le prix Weaver-Tremblay pour sa contribution à l’anthropologie canadienne. Richard Borshay Lee est professeur émérite au département d’anthropologie de l’Université de Toronto. Depuis 1965, il a participé en tant que (co)auteur ou (co)éditeur de neuf livres sur les chasseurs-cueilleurs d’Afrique et d’Amérique du Nord. En 2016, il a été nommé Officier de l’Ordre du Canada et il est membre de la Société royale du Canada.

Le Prix du livre Labrecque-Lee honore une monographie d’auteur.e ou coécrite, toute discipline (socioculturelle, archéologique, bioculturelle, ethnoculturelle, ethnohistorique ou linguistique), en français ou en anglais. Le Prix est remis aux membres de la CASCA qui démontrent une affiliation canadienne par leur travail sur le terrain, leur établissement d’affiliation, leur institution de diplomation ou leur financement. Le gagnant est honoré à l’assemblée annuelle de la CASCA et reçoit un prix de 500 $. En 2019, le Comité était composé de Julie-Soleil Archambault, Nathalie Boucher, Daromir Rudnyckyj et Jaro Stacul. Dix monographies ont été soumises. Les critères du Comité sont la richesse et la profondeur de l’ethnographie, la force du travail théorique, le style littéraire, l’originalité et la contribution aux débats anthropologiques.

Le Comité est heureux d’annoncer que la lauréate de 2019 est Katie Kilroy-Marac, pour son livre An Impossible Inheritance : Postcolonial Psychiatry and the Work of Memory in a West African Clinic. Katie Kilroy-Marac est professeure adjointe d’anthropologie à l’Université de Toronto.

An Impossible Inheritance offre une étude ethnographique, empirique et théorique, de la clinique psychiatrique de Fann, située au Sénégal. Son propos dépasse toutefois la simple étude de cas ; l’auteure Katie Kilroy-Marac illustre un profond problème théorique à travers les débats et la dynamique qui ont animé les traitements psychiatriques à la clinique Fann pendant plusieurs décennies. L’enjeu de ces débats n’est autre que la question de l’universalité du savoir. Prenant la psychiatrie transculturelle du médecin français Henri Collomb comme objet central d’analyse, Kilroy-Marac décrit comment la clinique Fann est un lieu central de profondes contestations : la psychiatrie est-elle une science universelle avec une vision privilégiée de l’esprit humain en général ou est-elle limitée par les cultures et histoires particulières où elle est appliquée? Kilroy-Marac souligne par ce cas les apories du colonialisme et les difficultés de la modernité. L’auteure documente avec des données vivantes la façon dont la clinique est un point de convergence des tensions culturelles, historiques et politiques, des pratiques et croyances occidentales et traditionnelles en matière de santé mentale, et où se croisent des personnages complexes, en particulier Demba et Collomb. Plus important encore, le dialogue théorique avec les micropratiques de la Clinique et le macro-contexte de l’économie politique postcoloniale et néolibérale est éclairant. Enfin, le récit de l’ethnographe sur les pensées et les doutes de l’auteure est intégré poétiquement et intelligemment dans le texte. Rédigé avec soin dans une optique d’innovation ethnographique, An Impossible Inheritance est un exemple frappant du pouvoir de l’anthropologie contemporaine et illustre avec force les capacités de la discipline à éclairer des questions théoriques critiques par un travail ethnographique sensible. Cet ouvrage est un bel exemple de la force du travail ethnographique et de l’écriture comme moyen complexe, mais lumineux de contribuer à l’anthropologie et aux sciences humaines en général.

Le Comité souhaite également décerner une mention honorifique à Laura Eramian pour son ouvrage Peaceful Selves ; Personhood, Nationhood, and the Post-Conflict Moment in Rwanda. Laura Eramian est professeure adjointe au Department of Sociology and Social Anthropology de Dalhousie University.

L’ouvrage est une analyse de l’identité personnelle et nationale dans le Rwanda post-génocide. Se basant sur un travail ethnographique de terrain mené sur plusieurs périodes au cours d’une décennie, l’auteure examine comment les Rwandais de différentes classes sociales réfléchissent à un large éventail de messages émanant de l’État rwandais et des ONG, leur enseignant comment devenir de bons citoyens et pardonner aux auteurs de violences. Tant par le contenu que par le style, l’auteure réussit à communiquer les ambivalences complexes qui structurent la vie quotidienne de ses interlocuteurs, pris entre le désir de laisser le passé derrière soi et de penser à l’avenir, et le souvenir du génocide et de la disparition de parents, amis et voisins. L’auteure fonde son analyse sur une connaissance approfondie de la culture et de la société rwandaises et dissèque bien les différentes motivations et attitudes des Rwandais quant à leur rôle perçu dans la formation de la nouvelle nation à la suite des violences. Les portraits des participants donnent aux lecteurs une idée réelle de la façon dont les personnes qui veulent devenir des agents de changement expriment leurs inquiétudes au sujet de leur identité personnelle et nationale. Le livre apporte une excellente contribution à la littérature anthropologique africaniste établie sur le thème de l’après-catastrophe.

Le Prix et la mention honorifique ont été remis lors de l’assemblée générale annuelle, le 22 novembre 2019, à Vancouver.