Nouvelles

Éduquer est un travail d'amour : l'anthropologie en classe. Un aperçu du travail du Dr. Alina Garcia

· Article· Cultureblog· Échos de Cuba

Par Jessica Bridges, Oklahoma State University, Jacob Derksen, University of Victoria, Jemma Kosalko, University of Victoria, École de terrain ethnographique de Cuba 2018

Lors de notre participation à la conférence CASCA-Cuba à Santiago de Cuba, nous avons eu le privilège de rencontrer et de faire connaissance avec la Dre Alina Garcia, professeure en sciences pédagogiques à la Universidad de Oriente. Après avoir assisté à sa présentation, « Anthropologie de l’éducation : une expression anti-hégémonique centrée sur la société et la culture », nous l'avons rencontrée le matin du 19 maie pour une entrevue informelle. Nous aimerions utiliser ce court article pour revenir sur le contenu de sa présentation et sur le temps passé avec elle.

L’un des plus grands atouts de l’anthropologie est sa perspective holistique. L’anthropologie cherche à comprendre l’ensemble de l’expérience humaine, façonnée par des processus dynamiques et complexes. En observant, en dialoguant et en participant à la vie quotidienne des personnes, l’anthropologie peut mettre en lumière les innombrables processus imbriqués qui influencent nos façons d’être. À travers nos expériences, nous apprenons constamment. Chaque expérience que nous vivons façonne notre manière de voir et de penser le monde. Nous apprenons de tout, pas seulement de ce que nos enseignants nous disent à l’école. En classe, nos visions du monde, nos expériences et nos vies influencent les relations entre enseignants, élèves et production de savoirs. Pour mieux comprendre les personnes, il faut saisir leur interdépendance avec leur environnement social et physique – tout ce qui a façonné leurs conditions et leurs visions du monde.

La pratique de l’anthropologie offre une perspective holistique et permet de comprendre les différents aspects essentiels aux conditions et aux visions du monde des personnes. Dans un contexte de classe, les enseignants doivent être capables de voir chaque élève comme un individu unique, chacun avec ses propres antécédents. Pour mieux comprendre leurs élèves, les enseignants doivent les replacer dans un contexte plus large qui dépasse la salle de classe. Si les enseignants peuvent voir leurs élèves de manière holistique, en prenant en compte leurs situations diverses, ils peuvent développer des méthodes plus efficaces de transmission des connaissances et de développement des compétences et des valeurs.

« Il ne peut y avoir de révolution sans éducation parce qu’une révolution signifie des changements profonds dans la vie d’un pays »

(Fidel Castro, « Éducation et Révolution », 9 avril 1961)

En tant que professeure à la Universidad de Oriente à Santiago de Cuba, la Dre Garcia travaille avec des futurs enseignants au département des sciences pédagogiques. L’enseignement supérieur cubain n’inclut pas l’anthropologie dans ses programmes de diplôme, et encore moins l’anthropologie de l’éducation comme cours pour les enseignants.

En utilisant le film cubain très réussi et populaire,Conductaréalisé par Ernesto Daranas Serrano, la Dre Garcia attire l’attention sur l’enseignant en tant qu’anthropologue. En prenant le personnage de Camila comme exemple d’enseignante, on peut visualiser les complexités de l’enseignement, étroitement liées à l’expérience familiale et sociale des élèves. Cependant, la Dre Garcia ne s’appuie pas uniquement sur le cinéma cubain comme exemple ; elle a plus de vingt ans d’expérience auprès des élèves. Ayant commencé sa carrière comme enseignante en éducation spécialisée, son dévouement envers les élèves se lit dans son regard et la passion qui se dégage lorsqu’elle parle de ses premières années auprès d’élèves en éducation spécialisée. La carrière de la Dre Garcia comporte de nombreuses facettes – à la Universidad de Oriente, elle a travaillé en éducation de la petite enfance, en orthophonie, et avec des enseignants en formation. La Dre Garcia a obtenu son doctorat en sciences pédagogiques avec une spécialisation en sémiotique éducative. Elle enseigne actuellement la recherche en éducation et la pédagogie pour l’enseignement supérieur. Pour reprendre ses mots, « J’ai toujours été enseignante à tous les niveaux. »

L’anthropologie de l’éducation, en tant que telle, n’existe pas encore comme domaine d’études à Cuba. En fait, les universités cubaines n’offrent pas de diplôme en anthropologie – pas encore. La Dre Garcia aimerait voir cela se réaliser, surtout pour les enseignants. Elle nous a parlé de l’importance de comprendre l’enfant comme une personne entière dont les influences proviennent du foyer, de la société, de la religion et du contexte historique. Un exemple qu’elle a mis en avant est celui des chansons pour enfants : certaines ayant des racines coloniales, d’autres des racines africaines. Les enseignants devraient connaître cela car c’est un savoir fondamental important pour comprendre leurs propres racines ainsi que celles de leurs élèves.

En plus de son travail à l’université, elle anime des ateliers sur l’anthropologie et la culture caribéenne avec la Casa del Caribe. La Dre Garcia souligne que « nous avons travaillé et fait de la recherche sans savoir que nous faisions de l’anthropologie. » Motivées par l’absence d’un programme de diplôme, la Dre Garcia n’est pas découragée : « ici, beaucoup d’anthropologie empirique est menée. » La recherche anthropologique à Cuba est réalisée par l’Instituto de antropología à La Havane et divers autres centres culturels, par exemple la Casa del Caribe et le Centro de Estudios Africanos, qui mènent des recherches empiriques sur la culture cubaine. D’autre part, la Dre Garcia nous rappelle que l’enseignant est un anthropologue – que les enseignants utilisent des méthodes anthropologiques pour approfondir l’expérience pédagogique afin d’atteindre chaque élève. La Dre Garcia espère que le temps viendra bientôt où l’anthropologie sera offerte au niveau universitaire et au sein du département des sciences de l’éducation.

« Dans la Révolution, tout ; en dehors de la Révolution, rien. »

Fidel Castro

À la suite de notre dialogue avec la Dre Garcia et de nos expériences partagées à Cuba, nous avons compris que créer une culture d’inclusion par l’éducation assure un fort sentiment de communauté et d’esprit patriotique. L’anthropologie peut éclairer tous les aspects de la vie d’une personne ; il est donc important de reconnaître la signification de l’anthropologie au sein de la classe. Les acteurs du domaine de l’éducation peuvent utiliser l’anthropologie appliquée pour améliorer les méthodes pédagogiques. En tenant compte de la subjectivité des enseignants et des élèves en classe, les enseignants peuvent développer une compréhension plus profonde de la manière de construire un processus d’apprentissage plus efficace. L’usage de la pratique anthropologique dans la conception des méthodes pédagogiques favorisera une plus grande implication et une meilleure connexion entre l’enseignant, le matériel et les élèves. En favorisant et en s’appuyant sur cette connexion, les enseignants peuvent créer une atmosphère plus accessible qui permet aux élèves de se découvrir comme leaders et individus.

L’anthropologie appliquée consiste à comprendre comment naviguer dans les différents aspects de sa manière d’être au monde et à utiliser ce savoir pour créer un parcours éducatif partagé. La réflexivité est nécessaire pour comprendre et consolider ses objectifs et sa subjectivité. Examiner l’intention et la signification derrière ses actions permet d’avoir un regard plus objectif sur les interactions élève-enseignant en reconnaissant la relativité de leur expérience partagée. Les enseignants devraient pratiquer l’anthropologie afin de comprendre leurs élèves de manière holistique et utiliser ce qu’ils apprennent pour façonner leurs pratiques de classe. Tant les enseignants que les élèves peuvent développer curiosité et motivation pour apprendre.

La collectivité en classe favorise un esprit de collaboration au sein de la communauté. Les communautés se construisent sur la base de relations de confiance. Les gens reconnaissent qu’ils ont besoin les uns des autres et se voient ainsi dans un contexte collectif et global. En anthropologie, le besoin de relations positives et solides est primordial. La solidarité entre enseignants et élèves peut générer des contributions positives à la société. Cultiver un réseau relationnel permet aux personnes non seulement de prospérer au sein de la communauté, mais aussi à la communauté de s’épanouir dans un contexte global.

Bien que notre temps avec la Dre Garcia ait été bref, nous avons beaucoup appris sur la pratique de l’anthropologie à Cuba ainsi que sur l’importance de l’anthropologie dans l’éducation. Nous partageons son enthousiasme pour le développement de l’anthropologie comme voie professionnelle dans le système universitaire cubain.