Maintenir le contact et partager des ressources : le groupe Facebook du Réseau pour la pédagogie critique en anthropologie canadienne
· Réseaux· Article· Cultureblog· Culture, Vol. 14, No. 1 - Doing/Undoing, Faire/Défaire
Par Maggie Cummings, Université de Toronto Scarborough
À la mi-mars, comme les enseignants de cours en présentiel partout au Canada, je me suis retrouvée à effectuer la transition abrupte et plutôt improvisée vers l'enseignement en ligne. J'ai commencé à passer beaucoup plus de temps à lire les mises à jour administratives, à répondre à des courriels paniqués (d'étudiants et d'autres enseignants) et à chercher sur Google les meilleures pratiques. J'ai aussi remarqué une prolifération de publications sur les réseaux sociaux et de mèmes viraux qui utilisent l'humour pour atténuer l'anxiété liée à la transition. Un thème récurrent, sans surprise, portait sur la perception des étudiants quant au manque de préparation technologique de leurs enseignants pour passer de la salle de classe à l'écran, et sur l'hilarité et le chaos que cela pourrait entraîner.
Beaucoup de ces mèmes m'ont fait rire, mais un en particulier m'a paru plus mélancolique que drôle. Il montre l'image d'un enseignant donnant un cours dans une salle vide, à l'exception d'une poupée assise sur un des pupitres, comme si elle écoutait attentivement. Le tweet qui l'accompagne dit : « Mon professeur a 74 ans et il n'est pas à l'aise avec Zoom, alors il a préenregistré le reste de nos cours. Aujourd'hui, j'ai regardé le premier. Il a une poupée de Pinocchio au premier rang parce qu'il n'est pas à l'aise d'enseigner dans une salle vide. Je fais de la distanciation sociale pour cet homme, et pour cet homme seulement. »

Bien que le message original sur Twitter semble avoir été rédigé dans un esprit de bienveillance (les commentaires suggèrent que le professeur est apprécié de ses étudiants, qui ont clairement trouvé le geste à la fois drôle et attendrissant), les réactions au mème capturé à l'écran qui est ensuite devenu viral ont été plus mitigées. Le plus souvent, lorsque je le voyais partagé, il était accompagné d'emojis de roulement des yeux et de commentaires clairement destinés à se moquer d'un enseignant « vieux », « déconnecté », adepte de l'enseignement magistral, « le sage sur la scène ».
Mais je peinais à comprendre de tels commentaires, car je ne voyais qu'une âme sœur : Qui aimerait enseigner dans une salle vide ? Ceux d'entre nous qui enseignent la plupart, sinon la totalité, de nos cours en présentiel ont tendance à valoriser et à favoriser un sentiment de connexion et de communauté dans nos salles de classe. Ceux qui enseignent déjà en ligne sont rompus à la création d'un tel sentiment de communauté par des moyens plus virtuels, mais cela n'est pas facile à accomplir avec la transition du jour au lendemain que nous avons dû effectuer.
Pour ma part, mes étudiants me manquent, ainsi que l'expérience partagée et incarnée d'être dans une salle de classe. Ce n'est pas un hasard si le tweet original décrit la poupée comme étant Pinocchio, malgré le fait qu'elle ressemble en réalité plutôt à The Elf on a Shelf. Après tout, l'histoire de Pinocchio et de Geppetto raconte la création et le désir de lien humain. Il est approprié que Pinocchio, qui prend vie grâce aux efforts de Geppetto dans l'histoire, donne vie à la salle de classe pour cet enseignant et ses étudiants. En tant qu'anthropologue, j'ai trouvé l'évocation de Pinocchio particulièrement émouvante : comme nos étudiants en anthropologie, Pinocchio apprend ce que signifie être humain.
Dans un esprit de maintien du contact, de conservation d'un sentiment de communauté et, oui, d'humanité, malgré les temps difficiles, Le Réseau pour la pédagogie critique en anthropologie canadienne a commencé une nouvelle communauté en ligne d'enseignants en anthropologie sur Facebook. Lorsque nous avons initialement créé le réseau en 2019, nous l'avons conçu comme un moyen de rassembler les membres de la CASCA intéressés par les intersections entre l'anthropologie, l'ethnographie et la pédagogie critique, en mettant particulièrement l'accent sur les défis et les possibilités pédagogiques uniques auxquels sont confrontés ceux d'entre nous qui travaillent en anthropologie canadienne (que ce soit en vertu d'intérêts de recherche, d'une affiliation institutionnelle ou des deux). Le Réseau a parrainé son premier panel (Pédagogie critique et climats changeants en anthropologie canadienne) lors de la réunion annuelle à Vancouver en novembre 2019, et maintient une liste de diffusion où les membres partagent des appels à communications, des actualités pertinentes et des ressources pédagogiques (pour rejoindre la liste de diffusion, écrivez à Mary-Lee Mulholland à mmulholland[at]mtroyal[dot]ca).
Mais il s'avère que le plus grand défi pédagogique auquel de nombreux membres de la CASCA doivent faire face, pour le moment et pour un avenir prévisible, sera la transition vers l'enseignement en ligne, et la forte courbe d'apprentissage qui l'accompagne. Les médias sociaux semblent être le format le mieux adapté aux types de discussions que nos membres souhaitent avoir. Le fait qu'ils soient « sociaux » en période de distanciation sociale aide certainement aussi. Le groupe Facebook, lancé le 14 mars, s'est avéré être un excellent forum. Jusqu'à présent, le groupe Facebook a été utilisé pour partager des ressources destinées à aider les membres à tenir jusqu'à la fin du trimestre tout en conservant une certaine apparence des aspects « humains » qui, parfois du moins, rendent l'enseignement de l'anthropologie si gratifiant.
Alors que nous envisageons, dans de nombreuses institutions, la perspective d'un trimestre d'été entièrement en ligne (dont une grande partie sera inévitablement enseignée par des chargés de cours qui peuvent être à la fois sous-payés et peu soutenus même en temps normal), nous espérons que le réseau, et en particulier la page Facebook, continuera de prospérer. En particulier, nous espérons entendre encore davantage de ces membres de la CASCA qui déjà enseignent en ligne sur la façon dont ils font vivre la salle de classe en ligne. Veuillez rechercher « Network for Critical Pedagogy in Canadian Anthropology » sur Facebook pour vous joindre, et inviter des collègues de vos autres réseaux à se joindre également. Les mèmes sont les bienvenus !
